La Suca et les 3 soeurs - 25 Août 2015

La Suca y Las Très Marias

Parcours splendide, original, mais long et exigeant, qui demande donc une bonne expérience de la montagne (orientation, pied montagnard). J'arrive au Col de Plana Canal à 21 h 30, tape la discussion avec des pyrénéens qui terminent leur repas à la lampe. On parle de nos projets du lendemain. Ils iront vers le col supérieur de Goritz. Puis nuit sous les étoiles d’Aragon alors qu’il bruine en France… Quel bonheur !

Mini suca 12

Le lendemain : Départ 7 h du Col de Plana Canal (1740 m), piste jusqu’à l’ensemble pastoral du refuge de San Vicenda (concert de vaches)… Deux sangliers se laissent surprendre puis plongent dans les buis couvrant les abîmes du canyon… Plongée par le sentier au fond du canyon de Niscle (environ 170 m en négatif) jusqu'à l'estrecho, puis remontée du canyon encore plongé dans l’obscurité. Visite éclair (juste après avoir dépassé la passerelle de Fon Blanca qui mène au col supérieur de Goritz) à la toue et à la cabane de Fon Blanca. Retraversée du rio et remontée sur le GR11 jusqu’au col de Niscle (2453 m) où je trouve enfin le soleil. Il est 10 heures. La montée à La Suca n’est pas de tout repos, très peu de cairns au début, quelques autres mal placés sur la crête hérissée d’aiguilles du Mojon de la Ciega (cairn aveugle ?), bref, montées et descentes à chercher le meilleur passage, couloirs croulants… Il faut parfois s’aider un peu des mains. Il faut sans doute rentrer très rapidement dans la falaise de droite (Ciega) dans les rochers marrons, ce doit être le plus simple. Mais le cairn sommital apparait d’un coup, soulagement.

La Suca (2802 m) encore appelée (grâce à la magie des cartes espagnoles) Tucon, Zucon, Pico inferior d’Anisclo ou encore Anisclo Chico…On se lâche en Espagne sur les cartes !!! Sommet assez long et applati, magnifique vue sur le canyon de Niscle et, de l'autre côté du col de Niscle, la Punta de Las Olas, le Soum de Ramond et le Mont Perdu. Splendide point de vue sur Pineta, La Larri, Pena Blanca, Munia, Suelza, Pic Long Campbieil, etc... Vu qu’il n'est que 11 heures, je décide de poursuivre sur les bosses du chameau des Très Marias. Descente facile au col suivant (2693 m) puis remontée sans difficulté (sauf 100 m de plus de dénivelée dans les pattes) à la première des Très Marias...

...la Zuca Punchuda (2781 m), encore appelée Maria Occidental (ou La Solana, ou El Castiecho selon les cartes...). Descente plus impressionnante que celle de la Suca (éboulis croulants). Je choisis de suivre le fil de la crête qui plonge vers Pineta, ce sera le bon choix je pense, aucun problème, si ce n’est qu’il faut rester vigilant et y aller mollo… Il ne faut pas chercher les cairns, il n'y en a pas ! Col 2672 m puis montée de la 2ème Maria plus rocheuse, avec notamment le passage de la fin (« el pas de l’agujerico »), un peu aérien, qui peut se traduire en espagnol par « le passage du tirage au sort ». En effet, il ne faut tomber ni à droite (falaise) ni à gauche (précipice de Pineta)…

Arrivée à La Zuca Roncha (2757 m) ou Maria Central (ou Las Blanca), après encore 100 m de plus au compteur… La plus sportive et la plus esthétique des 3 Marias ! Puis nouvelle descente, encore plus raide que la première, je fais au mieux vers la gauche… C'est raide, attention de ne pas glisser dans les éboulis. Arrivé enfin au col (2608 m), je me retourne et j’ai du mal à savoir par où je suis descendu, tellement ça semble vertical. Puis dernière montée de la journée (allez, 100 m de plus une nouvelle fois, on dirait que c’est fait exprès !) pour la 3ème Maria. Facile, sauf à la toute fin où il faut encore un peu plus mettre les mains que pour les 2 autres Marias.

Sommet de la Zuca Plana (2702 m) ou Maria Orientale. Il est midi 15, je mange mon casse-croûte bien mérité. Après ma petite pause "remplissage des réserves" et "lecture du panorama", je poursuis la crête, descente sans encombre par un grand plan incliné, dans un fracas de millions de pierres plates dressées, gouffres profonds, ça me fait penser à la zone Marboré. A cause de barres rocheuses dur la droite, il faut tirer assez loin (au-dessus du cirque de Gurrundué) pour atteindre enfin une zone d'éboulis qui permet de franchir une faiblesse dans les barres. Un peu de galère pour savoir s’il faut monter ou descendre pour trouver le bon gradin qui me ramènera sous la Suca. Bref, après plusieurs tentatives, je trouve un sentier à 2360 m. Quelle joie, car depuis le col de Niscle, je n'avais rien vu qui ressemblait à un sentier… Je le suis donc sagement, mais il monte le bougre, en douceur, mais il monte !. Vers 2500 m, je tente une virée à gauche, sachant que le col de Plana Canal est plutôt vers là-bas ! Mais il y a des barres rocheuses, des vallons à passer, je n’ai pas envie de me lancer dans une galère maintenant. Je retrouve donc sagement le sentier qui me mène (collet 2533 m) au pied de la voie normale de La Suca (gros rocher et cairn posé dessus), replat humide. Enfin des cairns, de l'herbe !!! Je crois être sorti du pire et suis du coup gentiment les nombreux cairns qui filent droit vers Plana Canal. Mais juste avant la croupe cachant le col de Viceto (Tozal del Sarronal à 2393 m), les cairns disparaissent... je tire donc droit sur le Tozal, puis descente de la pente herbeuse raide (je croise 2 sentes) jusqu’à l’abreuvoir du col Viceto (2002 m) où je rêve déjà d'y plonger les jambes. Je ne pense d'ailleurs plus qu’à ça dans les 200 m de descente interminable. Qu’il me parait loin cet abreuvoir !!! L’absence de vaches aurait pourtant dû me mettre la puce à l’oreille… En effet, arrivé à l'abreuvoir tant espéré, il y a seulement 1 cm d’eau… eau croupie bien sûr !  Mais j’y trempe quand même mes arpions qui revivent un peu et se décongestionnent… Mais ce n'est pas fini : il faut maintenant remonter au col de Piedra Ficata en évitant le Tozal de San Vicenda, puis au col de Los Fraixens (2034 m) en évitant le Vasonès. Des chevaux sont surpris de me voir sur la Paleta de los Fraixens et s'enfuient, crinières au vent. Magnifiques ! Par contre, les nombreux bovins m'ignorent où me regardent passer en machouillant l'herbe grasse des hauts plateaux... Mais nouvelle déconvenue. Je croyais être quasiment arrivé. Non ! Il reste encore un vallon à contourner. Plana Sorripas, puis col 1891 m, le dernier de la journée avant la voiture. Ne voulant pas remonter la dernière pointe devant moi, je plonge vers la piste en contrebas à gauche… Mais je suis rapidement accueilli par les arizones (genêt hérissé), coussins aux piquants peu sympas, jusqu’en bas ! Puis la piste, que je remonte un peu avant de retrouver enfin la voiture, le plaisir infini de quitter les chaussures de rando et de laisser respirer mes doigts de pieds brûlants !!! 15 h 15.

Il reste encore 20 bonnes minutes de piste à redescendre (9 km), puis la route étroite de Puertolas jusqu’à Escalona (15 mn de plus), et quasi 2 h jusqu’à la maison ! Mais quels souvenirs et paysages à jamais gravés… Je n'aurai croisé aucun humain dans ce long périple, tout le monde se jette sur le massif du Mont Perdu en face ! Vu la discrétion des sentiers, c'est bien la preuve que cet endroit est déserté de l'homme ! Dénivelé total difficile à estimer, mais approximativement 1250 m pour La Suca (par le canyon de Niscle) + 300 m pour les 3 marias, + 200 m environ pour le retour, soit environ 1750 à 1800 m en comptant les montées et descentes liées au cheminement parfois aléatoire. Le tout en 8 h de marche, mais il doit en falloir bien plus si l'on marche "normalement"...

Un petit salut aux pyrénéens rencontrés, un coucou au Relais du Néouvielle (Fabian) et au Relais de Piau (Eget Cité).

 

Petite histoire (légende aragonaise) qui peut s'appliquer (selon l'envie) aux Très Sorores ou aux Très Marias :

Un berger aragonais vivait au bord du précipice de Plana Canal avec ses 3 filles, 3 soeurs inséparables, belles et jeunes bergères, aussi belles que farouches. Ils vivaient heureux sur les hauts plateaux. Un jour, alors qu'elles gardaient leur troupeau, trois bandits venant de Pineta surgirent et tentèrent de les enlever de force et de les violenter. Rompues au maniement du poignard, nos trois bergères se défendirent avec acharnement, blessant leurs agresseurs de plusieurs coups de couteaux. Mais ces dernietrs finirent par avoir le dessus et les massacrèrent toutes les trois. Vidées de leur sang, les trois sœurs périrent sans lâcher leurs poignards ni demander grâce. Saisis de panique et horrifiés par leur forfait, leurs meurtriers s'enfuirent. Le lendemain, le père inquiet, fou de douleur, arpenta la vallée en tout sens et ne trouva trace de ses filles. À sa stupéfaction, il s’aperçut que, barrant le fond de la vallée, avaient surgi trois montagnes, altières et couvertes de neiges éternelles. Elles prirent à jamais le nom des Très Marias (ou Très Sorores si on raconte l'autre côté). Elles gardent depuis les estives de la montagne de Sensa d'un côté et surveillent (tout en en défendant l'accès par leurs falaises) l'arrivée d'éventuels bandits de Pineta...

Sanglier matinal               -                  Cabane de Fon Blanca, cascade  -     Arrivée au Col de Niscle

Mini suca 10 Mini suca 11 Mini suca 12bis

 

Du col de Niscle, montée à La Suca - Parois abruptes côté Pineta  - Abîmes avant le final de La Suca

Mini suca 13 Mini suca 14 Mini suca 15

 

Punta de Las Olas, Soum de Ramond  -   Pena Blanca, Munia, etc...    -     La crête des Très Marias à venir

Mini suca 16 Mini suca 17 Mini suca 18

 

Vue du canyon de Niscle depuis la Suca (Sestrales à gauche, Mondoto à droite)

Mini suca canyon

 

Final un peu aérien de la Z.Roncha - Descente de La Z.Roncha  - Après La Z.Plana, La Punta de Monesma

Mini suca 19bis  Mini suca 19 Mini suca 20

 

Plana Canal est bien loin...    -        Col 1533 voie normale de La Suca  -  Suca et Las Très Marias

Mini suca 21 Mini suca 22 Mini suca 23

 

Retour vers les pistes                  -    Voitures garées à Plana Canal et Sestrales

Mini suca 24 Mini suca 25

 

 

 

 

 

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